Une province sacrée, mais aussi un cœur national et religieux imaginaire : que signifie l’Ukraine pour la Russie, et comment comprendre la vassalisation de l’Ukraine par la Russie ? Lorsque les mythes fondateurs sont placés au cœur de la légitimité politique, il est presque impossible de s’en défaire. Une analyse comparative de l’Ukraine au regard du Kosovo, de l’Irlande, de la Palestine et de Taïwan.
Du blog de Hanna Perekhoda, Le Club de Mediapart
Pour comprendre l’attitude de la Russie envers l’Ukraine, il faut également tenir compte de ce que l’on pourrait appeler les « territoires berceaux », des espaces que les élites politiques considèrent comme le lieu de naissance d’une nation, l’espace symbolique d’où découlent leur légitimité et leur identité.
Dans l’imaginaire national russe, Kiev n’est pas une capitale étrangère : c’est « la mère des villes russes » (les villes de la Rus, pas de la Russie !), le lieu où leur histoire d’État et leur identité religieuse auraient commencé. C’est pourquoi le « séparatisme » de l’Ukraine a été un choc existentiel pour les nationalistes russes, tant en 1917 qu’en 1991.
C’était comme si le « berceau » de la nation avait glissé hors de ses frontières. Les élites russes ont tenté de gérer cette rupture en présentant le passé soviétique et impérial commun comme une preuve d’unité et en traitant l’indépendance de l’Ukraine comme temporaire ou artificielle.
Mais à mesure que l’Ukraine approfondissait son propre projet de construction nationale et étatique, en particulier après 2004 et 2014, elles ont commencé à interpréter cela non seulement comme un voisin suivant sa propre voie, mais comme le vol du passé et de l’« identité » de la Russie. Le ressentiment prend alors sa forme la plus pure : un sentiment d’humiliation nationale et impériale, où la récupération de la « pièce perdue » devient une obsession.
Il est important de noter que l’Ukraine n’est pas considérée comme une province ou un fragment de l’empire, mais comme le cœur de la nation, un cœur qui aurait été corrompu par des ennemis extérieurs.
Hanna Perekhoda est historienne et chercheuse à l’Université de Lausanne (Institut d’études politiques et Centre d’histoire internationale et d’études politiques de la mondialisation), spécialiste du nationalisme dans le cadre de l’histoire de l’Empire russe et de l’Union soviétique.
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