De Orient XXI
En treillis, kalachnikov en bandoulière, Abou Khaled pose devant l’Euphrate. Le soldat de 33 ans, à la carrure massive, affiche un sourire enfantin tandis qu’il se prend en selfie. « La dernière fois que je suis venu à Raqqa, c’était pour un voyage scolaire. Aujourd’hui, je viens la libérer », lâche-t-il. Il appartient à la 82ᵉ division de l’armée syrienne, l’une des unités régulières engagées par Damas dans sa progression vers les territoires jusque-là contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette entité militaire, dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG) et soutenue par la coalition internationale dans sa lutte contre l’Organisation de l’État islamique (OEI), avait repris Raqqa en 2017, après Kobané en 2015. Elle administrait de facto le nord-est de la Syrie depuis près d’une décennie, à la faveur du retrait partiel du régime de Bachar Al-Assad, occupé sur d’autres fronts, et du chaos de la guerre civile.
Le 18 janvier à l’aube, sur les rives bleu marine de l’Euphrate, des centaines de véhicules militaires convergent vers le barrage de Tabqa. Comme Abou Khaled, des dizaines de soldats s’arrêtent pour se prendre en photo. Quelques heures plus tôt, les villes de Tabqa, puis Raqqa sont tombées aux mains des forces gouvernementales syriennes. Sur la route, un militaire enlace un homme en larmes. Son frère. Ils ne s’étaient pas vus depuis des années. Le soir, le président Ahmed Al-Charaa annonce la signature d’un accord avec les Kurdes syriens. L’opération militaire aura pris deux jours.
Le lendemain, la place Al-Naïm, au centre de Raqqa, devient le cœur des célébrations, les selfies se prennent désormais devant les lettres « I love Raqqa ». Tout au long de la journée, des groupes se succèdent pour fêter ce qu’ils appellent la « libération ». Des tirs en l’air retentissent sans interruption. De nombreux commerces restent fermés. Une odeur persistante de poudre flotte dans l’air.
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