Ilya Boudraïtskis et Ilya Matveev, Russia’s New Imperialism: Capital and Ideology (Stanford, CA : Stanford University Press, 2026), 240 p.
En octobre 2022, juste avant que l’armée ukrainienne ne reprenne la ville de Kherson, dans le sud-est du pays, des soldats russes en retraite ont exhumé de la cathédrale Sainte-Catherine les restes du prince Grigori Potemkine, figure du XVIIIe siècle.
Les ossements de Potemkine ont été transférés en territoire tenu par la Russie, sur la rive gauche du Dniepr, avec les statues de Potemkine lui-même, du généralissime Alexandre Souvorov et de l’amiral Fiodor Ouchakov qui, comme Potemkine, avaient servi sous Catherine II. Vladimir Saldo, gouverneur nommé par la Russie de la partie occupée de la région de Kherson, a déclaré : « Ce sont des objets sacrés qu’il fallait, à mon avis, sauver. » [1]
Dans les années 1770 et 1780, alors que les révolutions américaine et française allumaient des phares d’espoir républicain, l’empire pour lequel combattait Potemkine devenait un monstre réactionnaire. Potemkine a été une figure clé de la colonisation et de la tentative de « russification » du sud-est de l’Ukraine ; de la fondation d’Iekaterinoslav (« à la gloire de Catherine », aujourd’hui Dnipro) ; de l’annexion de la Crimée en 1784 ; de l’écrasement des cosaques zaporogues ; de la conquête de ports sur la mer Noire ; et de la guerre contre l’Empire ottoman, condition préalable importante de la conquête du Caucase par la Russie au XIXe siècle. [2]
Aujourd’hui, Potemkine figure dans un panthéon de serviteurs de l’État vénérés par les idéologues du Kremlin, de Vladimir Poutine jusqu’en bas de l’échelle, par le système éducatif et par les médias. Pour Poutine, ces héros sont les prédécesseurs directs de l’armée soviétique de la Seconde Guerre mondiale, des dictatures d’opérette établies à Donetsk et à Louhansk en 2014 et des troupes russes qui ont envahi l’Ukraine en 2022. Tous auraient défendu l’« unité historique des Russes et des Ukrainiens » qu’il imagine contre un ennemi après l’autre : la Pologne, l’Autriche-Hongrie, le bolchevisme et le « projet anti-Russie » qui a conduit à la chute de l’Union soviétique. [3]
Ilya Boudraïtskis et Ilya Matveev, dans leur analyse marxiste de l’impérialisme russe du XXIe siècle, interrogent le rapport entre cette idéologie – assez forte pour que les officiers commandant la retraite de Kherson risquent des vies pour des ossements et des statues – et les dynamiques économiques, politiques et sociales dans lesquelles elle s’ancre.
Le point de départ de Boudraïtskis et Matveev est la décision du Kremlin d’envahir l’Ukraine en février 2022. Non seulement ses conséquences ont causé des dommages incalculables, économiques et géopolitiques, à l’élite russe, mais, comme ils le démontrent de manière convaincante (p. 2, 81 et 121), une grande partie de ces dommages se serait produite même si l’objectif militaire initial – imposer un gouvernement fantoche à Kyiv – avait été atteint.
Il faut trouver une explication à une stratégie aussi autodestructrice. Pourquoi une action d’une telle portée de l’État, longtemps considéré par les marxistes comme l’instrument du capital, est-elle allée aussi radicalement à l’encontre des intérêts économiques du capital ? Ce n’était nullement la première fois : citant David Harvey, Boudraïtskis et Matveev évoquent la guerre du Vietnam et l’invasion de l’Irak en 2003, « exemples d’aventures impérialistes qui ne s’expliquent pas aisément par les exigences de l’accumulation du capital » (p. 15).
Mais le cas russe doit être expliqué dans ses propres termes. Les auteurs partent de l’idéologie du régime de Poutine, faite de mythologie impériale et de conflit « civilisationnel » avec l’Occident, et montrent comment elle a poussé sur le terreau du capitalisme russe post-soviétique et de ses malaises. Ils écrivent dans leur introduction (p. 7) :
L’impérialisme russe depuis 2014 a été contre-productif, largement irrationnel et enraciné dans les mythes historiques de l’empire. Mais c’est l’expérience moderne de l’accumulation primitive, ainsi que des événements récents comme le printemps arabe, qui ont permis la consolidation idéologique du régime de Poutine.
J’examine ici quatre thèmes à travers lesquels cet argument est développé : (1) la compréhension de la Russie post-soviétique comme puissance sous-impérialiste ; (2) le développement d’idéologies impérialistes et nationalistes au sein de l’élite russe avant 2014 ; (3) la menace que le soulèvement de Maïdan en Ukraine a représentée pour le Kremlin, et la manière dont celui-ci a réagi ; et (4) les forces motrices qui ont conduit le Kremlin de sa première intervention militaire en Ukraine (2014) à l’invasion totale (2022).
Le modèle sous-impérialiste
Un premier thème clé de Russia’s New Imperialism est l’« internationalisation du capital russe », qui a véritablement commencé après la crise de 1998, lorsqu’un krach bancaire et une dévaluation du rouble d’un facteur quatre ont affaibli les groupes financiers et industriels enrichis par la recherche de rente dans les années 1990 (p. 19-26). L’investissement productif s’est développé (la hausse continue des prix du pétrole de 2000 à 2008 y a contribué), et « les deux canaux d’intégration à l’économie mondiale – à savoir les exportations [principalement de pétrole, de gaz et de métaux] et l’emprunt – se sont renforcés mutuellement ». Le capital russe s’est exporté, en premier lieu vers l’Ukraine et les autres États post-soviétiques : les investissements directs à l’étranger des entités russes ont été multipliés par vingt entre 1999 et 2007.
Au cours de ces années, Poutine a refaçonné le rapport entre le capital et l’État. Il a centralisé le contrôle étatique des médias et sanctionné Mikhaïl Khodorkovski, alors l’homme le plus riche de Russie. L’élite économique a perdu son « pouvoir politique direct, non médiatisé » ; des pans du secteur de l’énergie sont revenus dans le giron de l’État ; et en 2007, sept des vingt premières entreprises, dont les trois premières (Gazprom, Rosneft et Sberbank), étaient détenues majoritairement par l’État.
La relation de Poutine avec les propriétaires des plus grandes entreprises russes « pourrait à juste titre être qualifiée de “bonapartiste” », écrivent Boudraïtskis et Matveev, en citant l’argument célèbre de Karl Marx selon lequel, « pour sauver sa bourse, la bourgeoisie doit nécessairement perdre sa couronne », « le glaive qui doit la protéger » étant « fatalement aussi une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête ». [4] Les capitalistes russes manquaient de légitimité sociale et se sentaient menacés par l’agitation ouvrière : Poutine a « réorganisé les relations entre l’État et les entreprises », et ils en ont profité.
Mais les choses ne se sont pas arrêtées là. La direction des entreprises d’État a été confiée aux plus proches associés de Poutine : il s’agissait d’une fusion plus directe de l’État et du capital. « Les élites économiques n’ont ni légitimité publique ni sources indépendantes de pouvoir politique. Elles exercent le pouvoir par l’intermédiaire du Kremlin, et seulement de cette manière » (p. 31).
Pour expliquer l’intégration de la Russie au capitalisme mondial, Boudraïtskis et Matveev se tournent vers la théorie de la dépendance, élaborée par Ruy Mauro Marini pour décrire le Brésil sous la dictature militaire des années 1960. Le Brésil d’alors et la Russie des années 2000 étaient des puissances « sous-impérialistes » qui exportaient des matières premières et des biens à faible valeur ajoutée vers les pays riches et importaient des produits à forte valeur ajoutée. [5]
En outre, ils caractérisent la stratégie géopolitique du Kremlin jusqu’en 2014 comme une « coopération antagoniste » avec les États-Unis et leurs alliés (lesquels, soit dit en passant, avaient soit ignoré les guerres génocidaires de Poutine en Tchétchénie, soit les avaient présentées comme faisant partie de la « guerre mondiale contre le terrorisme »). La Russie a facilité la logistique de l’opération de l’OTAN en Afghanistan et lui a fourni des aéronefs. Malgré la rhétorique de Poutine contre « l’ordre mondial unipolaire » à Munich en 2007, et même après la guerre russo-géorgienne de 2008, « le Kremlin a recherché une coopération pragmatique avec les États-Unis dans les domaines correspondant à ses propres intérêts tels qu’il les percevait » (p. 37).
La faiblesse de ce modèle « sous-impérialiste » – sa dépendance à l’égard de marchés des matières premières et des capitaux volatils – a été cruellement mise en évidence par la crise financière de 2008-2009, écrivent Boudraïtskis et Matveev (p. 23). Le Kremlin a répondu au ralentissement qui a suivi en 2012-2013 par des efforts de relance de l’investissement, mais ceux-ci ont échoué « car ils se sont heurtés aux limites imposées par la nature même de la dictature personnaliste de Poutine » (p. 26), c’est-à-dire par la manière dont il avait refaçonné le rapport entre l’État et le capital.
Les auteurs de Russia’s New Imperialism soutiennent que ces seuls facteurs politiques et de politique économique ne peuvent expliquer l’intervention militaire de la Russie en Ukraine en 2014, ni l’annexion de la Crimée qui a coupé bien des ponts avec les puissances occidentales et les marchés de capitaux. Ils présentent plutôt un double basculement plus fondamental : dans la forme de l’impérialisme, du rationnel à l’irrationnel, et en politique étrangère, du pragmatisme à la prise de décision idéologique.
La formule du début des années 2000 [en politique étrangère], qui plaçait les intérêts au-dessus des idées, a été remplacée par la conviction inverse qu’il existe une lutte mondiale des idées et que l’intérêt national est déterminé par la place que l’on occupe dans cette lutte. [6] […] La transition de la Russie de l’impérialisme économique « rationnel » des années 2000 à l’impérialisme « irrationnel », à motivation idéologique, de 2014 et des années suivantes relève d’un seul et même processus (p. 39).
Boudraïtskis et Matveev proposent une réflexion sur l’idéologie, entendue au sens large comme « un ensemble d’idées fondamentales sur le monde et les relations humaines servant de base à la prise de décisions politiques ». Ces idées se forment à un « premier niveau » (« l’expérience de vie collective de certains groupes sociaux et les perceptions dominantes (le “sens commun”) dans la société dans son ensemble »), puis sont formulées par des intellectuels en une vision du monde, à un « second niveau » (p. 39-40).
Ils retracent l’émergence, dans les années 1990, d’une idéologie « cynique » de l’élite russe, [7] fondée sur ce qu’elle percevait comme une « libération » des contraintes soviétiques pesant sur la poursuite de l’intérêt privé, et intimement liée à la violence. Une « attitude de conflit permanent », écho de la culture des bandes de rue que les responsables des services de sécurité des années 2020 ont connue dans leur jeunesse, est devenue la « règle tacite de la vie politique » (p. 50-54).
Idéologie et intervention militaire en 2014
Un deuxième thème de Russia’s New Imperialism est la manière dont des éléments de l’idéologie formulée au « second niveau », enracinés dans ce « premier niveau », ont été rassemblés dans la période précédant l’invasion de l’Ukraine en 2014. Des idées conservatrices et antidémocratiques, jusque-là utilisées de manière pragmatique, ont été de plus en plus intériorisées par l’élite. Dans ce processus de longue durée et à plusieurs niveaux, Boudraïtskis et Matveev voient dans le retour de Poutine à la présidence en 2012 [8] un tournant.
La rhétorique de sa campagne électorale, cette fois, différait nettement du style dépolitisé et technocratique des années 2000. Il n’était plus un gestionnaire dont la tâche principale était d’assurer la croissance économique, mais le dirigeant patriote de la majorité d’une grande nation et le défenseur de la souveraineté nationale contre l’influence occidentale (p. 60).
La composante philosophique de cette idéologie d’État est influencée par Ivan Iline, conservateur et anticommuniste du début du XXe siècle, pour qui l’État autoritaire avait moralement raison face à ses citoyens, qui devaient s’y soumettre. En réponse aux « révolutions de couleur » en Géorgie (2003), en Ukraine (2004) et ailleurs, le Kremlin a réinventé une autre idée issue de l’émigration antibolchevique, l’eurasisme, sous la forme du « monde russe », conçu comme un système de valeurs alternatif à la démocratie libérale occidentale. Les autres éléments clés de l’idéologie poutinienne sont l’Église orthodoxe russe et le rôle particulier des services de sécurité, qui, selon Boudraïtskis et Matveev, renvoie à l’opritchnina, institution répressive qui a mené une terreur de masse sous Ivan le Terrible.
L’idée que Poutine se fait de l’État russe fait écho aux historiens du XIXe siècle, qui voyaient en lui la « forme » du peuple russe se reproduisant de manière mystique, et à leurs successeurs de la fin de la période stalinienne, pour qui sa centralisation et son expansion étaient « historiquement progressistes » et tout ce qui s’y opposait, réactionnaire. Le récit de Poutine diffère toutefois sur un point essentiel : il n’y a pas de progrès, seulement un schéma cyclique : « l’Occident cherche [éternellement] à détruire l’État russe par l’agression militaire, l’importation de fausses idées et le soutien à l’opposition radicale » (p. 65). L’éternelle nécessité de résister à ce schéma engendre l’impératif, pour les gauleiters de Poutine à Kherson, de protéger les ossements sacrés de Potemkine.
Boudraïtskis et Matveev soulignent que l’idéologie poutinienne s’est constituée de manière désordonnée et fragmentaire, et n’est apparue pleinement formée que dans les années 2020. Dans les mois précédant la première invasion de l’Ukraine par la Russie en 2014, Poutine se décrivait tour à tour comme « conservateur » et comme « libéral ». Mais dans ce fatras, les contours d’un conflit irréconciliable se dessinaient. En 2013, « le choix de l’Ukraine entre le resserrement de ses liens avec l’UE et l’adhésion à l’Union eurasiatique [dominée par la Russie] était présenté par le Kremlin comme une alternative exclusive, non seulement pour des raisons politiques et économiques, mais aussi pour des raisons idéologiques » (p. 68).
En novembre 2013, le président ukrainien d’alors, Viktor Ianoukovitch, s’est retiré des négociations sur un accord de libre-échange approfondi et complet avec l’UE, optant à la place pour une série de subventions énergétiques et autres de la part de la Russie. Une manifestation menée par des étudiants contre ce revirement a été violemment attaquée par la police. Cela a fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues de Kyiv pour des manifestations antigouvernementales. C’est ainsi qu’est né le soulèvement de Maïdan, qui a fait tomber le gouvernement de Ianoukovitch en février 2014.
Maïdan : la menace existentielle
Cela nous amène à un troisième thème clé de Russia’s New Imperialism : le contrôle social a été un élément déterminant des décisions du Kremlin d’entrer en guerre, en 2014 comme en 2022. Le « régime personnaliste » consolidé par le retour de Poutine à la présidence en 2012 était en grande partie une réaction aux manifestations contre les élections législatives truquées de décembre 2011. Derrière ces manifestations, et derrière le spectacle alarmant du printemps arabe renversant des régimes à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le Kremlin ne voyait que la main de l’Occident et sa menace existentielle contre le « monde russe ».
Les progrès considérables réalisés en 2009-2010 dans les négociations du Kremlin avec l’administration Obama – par exemple un accord de limitation des armements nucléaires, l’abandon de la décision de George Bush de déployer un bouclier antimissile en Europe de l’Est et des positions communes sur l’Iran – n’y ont rien changé.
Aux yeux du Kremlin, les véritables sources des manifestations anti-Poutine ne se trouvaient pas dans des contradictions internes mais dans une malveillance extérieure. Les opposants n’en étaient que les agents, conscients ou inconscients. Ainsi, l’affrontement est devenu historique et culturel, et non politique (p. 78).
Le Kremlin a appliqué les mêmes présupposés idéologisés à la contestation sociale en Ukraine. Boudraïtskis et Matveev montrent que l’élite russe était loin d’être unie autour de la conviction de Poutine selon laquelle les manifestants de Maïdan étaient des « pions manipulés par des mains étrangères », mais c’est ce point de vue qui l’a emporté. Le choix de l’Ukraine entre des liens économiques plus étroits avec l’Europe ou avec la Russie était perçu comme « civilisationnel ». Ianoukovitch était le garant des « valeurs traditionnelles ». L’idéologie l’a emporté sur la politique économique, aboutissant à une intervention militaire autodestructrice.
Les impératifs du contrôle social ont de nouveau forcé la main du Kremlin à l’approche de l’invasion totale de 2022. De plus en plus, la perception de l’Occident comme « source historiquement immuable de menace existentielle pour la Russie en tant qu’État » a déterminé les décisions de politique intérieure comme extérieure. « Le refus des gouvernements ukrainiens post-Maïdan de revenir dans l’orbite d’influence de Moscou était perçu comme faisant partie du projet de grande ampleur de l’Occident visant à “contenir” la Russie, qui s’exprimait aussi dans la montée des sentiments oppositionnels dans toute la société russe » (p. 113).
Poutine considérait les manifestations hétérogènes de 2018-2019 en Russie, ainsi que la campagne anticorruption d’Alexeï Navalny, comme l’œuvre des services de renseignement occidentaux ; il les comparait à Maïdan et au printemps arabe. À la mi-2021, les préparatifs militaires de ce que Poutine pensait être une opération très brève, comme les préparatifs idéologiques exposés dans son article de juillet 2021 sur « l’unité historique des Russes et des Ukrainiens », [9] étaient achevés.
Boudraïtskis et Matveev opposent leurs explications de l’invasion russe de l’Ukraine – une conviction idéologique, exacerbée par la peur de la contestation sociale – à d’autres interprétations en vogue dans les universités. L’affirmation selon laquelle la Russie poursuivait ses intérêts économiques est facilement réfutée. « Si le marché ukrainien était si important pour la Russie, pourquoi le Kremlin aurait-il risqué de le perdre en annexant la Crimée et en fomentant un séparatisme violent dans le Donbass ? », demandent-ils (p. 81). Et la Russie l’a bel et bien perdu : ses exportations vers l’Ukraine en 2015 représentaient moins de la moitié de leur niveau de 2012.
Une cible plus sérieuse est l’affirmation selon laquelle la main de la Russie aurait été forcée par des « considérations géopolitiques et de sécurité ». Dans un article qui a fait date, le politiste « réaliste » John Mearsheimer – nullement marxiste, mais abondamment invoqué par bien des marxistes autoproclamés – écrivait que c’est un principe de « géopolitique élémentaire » que « les grandes puissances sont toujours sensibles aux menaces potentielles à proximité de leur territoire ». Mais la menace était-elle réelle, ou perçue ?
Mearsheimer affirme que l’OTAN a pris des mesures pour « apaiser les craintes russes », par exemple en ne stationnant jamais de forces militaires de manière permanente dans ses nouveaux États membres d’Europe de l’Est, mais que cela importe peu, car « ce sont les Russes, et non l’Occident, qui décident en dernier ressort de ce qui constitue une menace pour eux ». [10] Voilà qui ruine tout l’argument. « La perception subjective de la menace remplace le rapport de forces objectif comme facteur explicatif clé dans l’analyse de Mearsheimer » (p. 82).
Et quelle perception déformée ! Comme le soulignent Boudraïtskis et Matveev, « la situation sécuritaire de la Russie s’est en réalité améliorée pendant la période d’élargissement de l’OTAN vers l’est ». Le nombre de soldats américains en Europe était de 30 000 en 2010, soit un dixième de son niveau pendant la guerre froide ; le nombre de chars américains en Allemagne est passé de 5 000 en 1991 à zéro en 2014 ; la flotte de chars de l’armée allemande elle-même est passée de 7 000 pendant la guerre froide à 244 en 2017, dont seulement 95 pleinement opérationnels. Pas étonnant que l’un des propres experts militaires de Poutine, Alexandre Khramtchikhine, ait écrit en novembre 2013 que les États-Unis « n’ont pas l’intention de faire la guerre en Europe, ni offensive ni défensive ».
D’après l’expérience de l’auteur de ces lignes, les discussions sur l’Ukraine dans les milieux politiques de « gauche » occidentaux regorgent de références à la logique bancale de Mearsheimer, étayées par des mythes tels que « les livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine ont fortement augmenté avant 2021 » (faux) et « l’Ukraine était sur le point d’adhérer à l’OTAN » (faux ; voir aussi), auxquels s’ajoutent des fantasmes sur un « nettoyage ethnique pratiqué par l’Ukraine dans le Donbass », etc. [11] L’idéologie peut en effet être une force sociale puissante.
Boudraïtskis et Matveev répondent également aux interprétations qui insistent sur le caractère provisoire et improvisé des actions de la Russie. S’il existe des éléments attestant que le Kremlin a improvisé son soutien aux « républiques » du Donbass, la Crimée, soulignent-ils, est un cas différent. Son annexion « a créé une situation sans précédent » (p. 84). Poutine devait savoir qu’il n’y aurait « pas de retour en arrière » et que les sanctions et la prise de distance diplomatique étaient inévitables.
De l’annexion à l’invasion
Aussi profond qu’ait été le changement de la politique du Kremlin en 2014, la guerre totale n’était pas pour autant inéluctable. Les auteurs de Russia’s New Imperialism ne considèrent pas l’invasion à grande échelle comme la « continuation inévitable » des politiques impérialistes tsaristes ou soviétiques ; elle a plutôt été « largement déterminée par des dynamiques politiques internes qui ont conduit à une transformation de la vision du monde des élites russes » (p. 75). Un quatrième thème clé est la manière dont ces dynamiques se sont déployées entre 2014 et 2022.
L’impact de la guerre sur le monde des entreprises russes a été massivement négatif. Les investissements russes ont été de plus en plus exclus d’Ukraine. Plus à l’ouest, certains secteurs du capital international ont poursuivi la collaboration – le soutien des compagnies gazières européennes au gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l’Allemagne en est l’exemple emblématique –, mais l’accès des entreprises russes aux marchés financiers occidentaux a été sévèrement restreint. Boudraïtskis et Matveev comparent l’incapacité de la Russie à se remettre du marasme économique mondial de 2015-2016 au rebond rapide du Brésil. L’investissement s’est replié sur le marché intérieur : l’industrie de l’armement, toujours énorme, a encore été gonflée, et les entreprises publiques qui la contrôlaient se sont étendues à d’autres secteurs de l’économie.
La Russie a ajouté à son répertoire les « économies de pillage », c’est-à-dire des investissements « liés à la violence des formations militaires et paramilitaires russes » (p. 99). Les résultats ont été mitigés. Les zones occupées de l’est de l’Ukraine ont représenté une charge nette pour l’économie russe ; le Donbass, avec ses chaînes d’approvisionnement rompues et son industrie endommagée, encore davantage que la Crimée. En Afrique, où l’accaparement des ressources par des paramilitaires « rappelle les modes de pillage de l’impérialisme européen du début de l’époque moderne » (p. 101), des paramilitaires tels que le groupe Wagner en ont tiré profit, mais il est douteux que l’économie russe en ait globalement bénéficié.
Dans ce contexte, l’idéologie qui avait pris forme dans les années 2010 a commencé à dominer la conduite de l’État. Le conflit du Donbass a été présenté comme un affrontement entre les « valeurs traditionnelles » et des forces occidentales dégénérées et « mondialistes ». Mais il ne s’agissait pas seulement d’un outil pour constituer une nouvelle coalition sociale autour de Poutine ; selon Boudraïtskis et Matveev, les valeurs morales étaient considérées par la classe dirigeante russe « comme partie intégrante de la stratégie de défense de la souveraineté » (p. 107). De même, une « vaste infrastructure de mise en œuvre de la politique historique de l’État » (p. 108) est allée bien au-delà de la réécriture des manuels scolaires : on propageait l’idée que l’élite dirigeante russe ne repose ni sur la légitimité démocratique ni sur le droit international, mais sur « l’héritage impérial du passé », lequel est « inévitablement lié à l’expansion territoriale » (p. 112).
Rien de tout cela ne garantissait que la classe dirigeante russe – et encore moins la majorité de la population – soutienne unanimement la décision de Poutine, en 2022, de reconnaître les « républiques » de Donetsk et de Louhansk, puis d’envahir le reste de l’Ukraine. Mais le « régime personnaliste » n’offrait même pas aux factions du Kremlin la possibilité d’influer sur les décisions stratégiques du président (p. 124). Les responsables politiques et les hommes d’affaires ont même été contraints de se rallier à la cause : l’« opération militaire spéciale » était justifiée non seulement en termes de politique étrangère, mais aussi comme un moyen de renforcer l’homogénéité idéologique de l’élite (p. 127).
L’échec à vaincre l’Ukraine en quelques jours a de nouveau conduit l’impérialisme russe en terrain inconnu. Boudraïtskis et Matveev recensent le succès relatif du régime dans la réorientation de l’économie : la Russie reste un grand exportateur de matières premières, a déplacé ses échanges des puissances occidentales vers la Chine, l’Inde et d’autres pays, et a centré son économie intérieure sur la production d’armement et les secteurs associés. Le complexe militaro-industriel a siphonné les ressources des industries civiles (p. 132).
Ce n’était pas le capital qui dirigeait l’État, mais l’État qui dirigeait le capital : Poutine a créé des « faits accomplis auxquels les entreprises ont dû s’adapter », démontrant ainsi « à quel point sa dictature personnaliste a exproprié le pouvoir politique de l’élite économique » (p. 134).
Comme tous les bons livres, celui-ci suscite des questions dans l’esprit du lecteur.
Dans l’ensemble, je suis d’accord avec les réponses de Boudraïtskis et Matveev à la question : « qu’est-ce qui a conduit l’impérialisme russe jusqu’à l’invasion totale ? » Et je pense qu’il est également utile de la poser de manière contrefactuelle : pourquoi la Russie ne s’est-elle pas orientée vers une forme de capitalisme « normal » – comme le Brésil, par exemple – plutôt que vers cet autoritarisme quasi fasciste et la guerre ?
Travaillant comme journaliste et chercheur sur les entreprises russes dans les années 2000, je pensais que des temps difficiles attendaient peut-être le mouvement ouvrier et les organisations d’opposition, et que les brimades de la Russie envers ses anciennes colonies n’avaient pas cessé. Mais la guerre, la dictature et un nouveau goulag ? Pas à cette échelle. [12]
L’un des éléments de ma réflexion était que l’économie et l’État russes s’affaiblissaient sérieusement, année après année. La Russie avait perdu le contrôle économique de l’Azerbaïdjan en 1994, lorsque celui-ci a signé le « contrat du siècle » avec les majors pétrolières occidentales ; la compagnie russe Lukoil s’est maintenue dans un rôle secondaire. En Asie centrale, la Russie a cédé sa position dominante : des compagnies pétrolières chinoises et occidentales ont acquis les principaux actifs de production au Kazakhstan ; la Chine, le Japon et la Corée du Sud ont pris l’initiative en Ouzbékistan ; et l’achèvement du gazoduc d’Asie centrale en 2009 a fait passer d’un coup le contrôle du Turkménistan, quatrième producteur mondial de gaz, de la Russie à la Chine.
Mais les empires en déclin peuvent devenir plus violents, et non moins. Les assauts meurtriers de la Russie contre la Tchétchénie en 1994-1996 et 1999-2002 se sont révélés être un avant-goût du conflit du Donbass. La faiblesse économique de la Russie a renforcé la dérive du Kremlin vers la prise de décision irrationnelle et idéologique que Boudraïtskis et Matveev décrivent avec tant de soin.
Une deuxième question, liée à la première, concerne la relation de la Russie avec le capital international. Je suis entièrement convaincu par l’argument de Boudraïtskis et Matveev selon lequel la Russie s’était taillé un rôle « sous-impérialiste », qui s’est défait après 2014. Existait-il d’autres issues – des alternatives à la voie de Poutine ?
Vers la fin des années 2000, certains secteurs de l’élite ont exprimé un fort désir d’échapper à cette position subordonnée, dans des discussions sur le danger du « syndrome hollandais » – la dépendance excessive à l’égard des exportations de matières premières – et sur la nécessité d’investir dans la technologie et les secteurs à valeur ajoutée. Ces idées n’allaient pas à l’encontre du « monde russe » ; certaines figures de l’élite y voyaient même le meilleur moyen de renforcer ce monde.
À mon avis, ces voies alternatives pour sortir du rôle subordonné dans lequel la Russie était intégrée à l’économie mondiale ont été en partie fermées par des facteurs échappant au contrôle de l’élite : la crise économique de 2008-2009 et ses répercussions, ainsi que les mouvements sociaux qui terrifiaient le Kremlin, le printemps arabe à quelque distance et Maïdan d’une proximité inconfortable. Je ne veux pas dire pour autant que la crise économique ou la contestation sociale n’ont laissé aucun choix à l’élite russe. Elle avait bien sûr le choix, et les facteurs idéologiques mis en avant par Boudraïtskis et Matveev sont essentiels pour expliquer pourquoi elle a fait les choix qu’elle a faits.
L’attention que Russia’s New Imperialism accorde aux processus sociaux et à leur impact sur l’idéologie de l’élite le distingue des montagnes de commentaires superficiels sur les causes de la guerre contre l’Ukraine, qu’il s’agisse de ceux qui y voient le produit inévitable d’une mentalité impérialiste incorrigible ou de ceux qui imaginent, avec le Kremlin, que les puissances occidentales en sont responsables.
Une troisième question porte sur ce que le seul cas de la Russie nous apprend du capitalisme du XXIe siècle en général. Dans un épilogue, Boudraïtskis et Matveev attirent l’attention sur la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2024, sur son « affinité évidente avec Poutine » et sur la similitude du contenu idéologique et du style politique des deux gouvernements.
Ils examinent dans quelle mesure le régime de Poutine pourrait être qualifié de fasciste. Un argument selon lequel « la fascisation du régime est en cours » peut se fonder sur « son effort pour idéologiser et rééduquer la société russe dans l’esprit du militarisme et du nationalisme impérialiste », écrivent-ils. Mais « les analogies avec le fascisme ne doivent pas être appliquées isolément pour présenter la Russie de Poutine comme une anomalie ; elles doivent au contraire chercher à comprendre sa place au sein d’une tendance mondiale ». Pour commencer, l’invasion de l’Ukraine a « accru le sentiment antidémocratique et nationaliste » dans toute l’UE et contribué aux succès électoraux de partis d’extrême droite ailleurs (p. 170).
Cela devrait être le point de départ d’une vaste réflexion collective. D’une part, cette progression de la droite s’inscrit dans un contexte de transformations extraordinaires du capitalisme mondial : l’essor rapide de la puissance manufacturière chinoise, l’émergence de sociétés américaines immensément puissantes et infiniment riches, notamment celles qui contrôlent les nouvelles technologies, et tous les changements dans la nature du travail qui en résultent.
D’autre part, la progression de la droite doit être considérée conjointement avec les explosions constantes de contestation sociale progressiste – non pas sous les formes qui nous ont inspirés à la fin du XXe siècle, et souvent seulement faiblement liées au mouvement ouvrier organisé –, en particulier, mais pas seulement, dans les pays du Sud global. [13]
Le nouvel impérialisme russe peut-il prospérer dans ce monde ? Que nous apprend-il sur la manière dont les élites réagiront ailleurs ?
Une dernière question que Russia’s New Imperialism m’a inspirée concerne le sort de la pensée socialiste au XXIe siècle. Ce livre apporte une véritable contribution. Les auteurs partent du cas particulier, la Russie, puis examinent les transformations économiques, politiques et sociales, en Russie même et à l’échelle internationale, qui ont conditionné l’essor de l’autoritarisme poutinien. Ils dissèquent les décisions d’intervenir en Ukraine, en 2014 et en 2022, montrent comment celles-ci sont allées à l’encontre des intérêts matériels du capital russe, et démontrent minutieusement que l’idéologie de l’élite, non pas en tant qu’ensemble d’idées mais en tant que force sociale, en est le moteur. À partir de là, ils réfléchissent à des questions plus larges sur l’impérialisme contemporain en général.
Cela contraste avec une grande partie des écrits « marxistes » sur la guerre, non seulement ceux des post-staliniens endurcis qui nient que la Russie soit impérialiste, mais aussi ceux d’autres auteurs qui reconnaissent qu’elle l’est, mais trouvent le moyen de conforter l’illusion selon laquelle c’est « l’élargissement de l’OTAN » qui a causé la guerre, et non l’élite russe. Par exemple, Alex Callinicos, dans un article récent, part d’une proposition générale – selon laquelle un « processus mondial de confrontation entre les principales puissances impérialistes » serait en cours – et, lorsque le cas particulier de la guerre russe contre l’Ukraine ne correspond pas à ses idées préconçues, déforme ou omet la réalité. [14]
Le danger est que le marxisme devienne un moyen de façonner l’analyse pour justifier un dogme politique, au lieu de développer des idées susceptibles d’éclairer les luttes pour vaincre et dépasser le capital. Il se pourrait que la contribution la plus importante de Boudraïtskis et Matveev soit de se garder du dogmatisme, et d’aider ainsi à ouvrir la voie au développement de l’approche de Marx du capital, et des forces qui s’y opposent, au XXIe siècle.
Notes
[1] « Okkupanty ukrali iz Khersona pamiatnik i ostanki Potemkina », Ukrainska Pravda, 26 octobre 2022.
[2] Voir par exemple Serhii Plokhy, The Gates of Europe: a History of Ukraine (Allen Lane, 2015), p. 133-142 ; Orest Subtelny, Ukraine: a History (University of Toronto Press, 1988), p. 203-205 ; Dominic Lieven, Empire: the Russian empire and its rivals (John Murray, 2000), p. 212.
[3] L’article de juillet 2021 de Poutine sur « l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » a fourni la justification idéologique de l’invasion de février 2022. Par la suite, par exemple lors du défilé du 9 mai 2022 pour le jour de la Victoire, et lors de l’annexion par la Russie de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson en septembre 2022, il a explicitement établi le lien entre le XVIIIe siècle, la Seconde Guerre mondiale et la guerre actuelle.
[4] Karl Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, chapitre IV.
[5] R.M. Marini, « Brazilian subimperialism », Monthly Review 23:9, février 1972, p. 14-24.
[6] Sur ce point, Boudraïtskis et Matveev citent Dmitri Trenine, analyste réputé en Russie, dans « What Putin really wants in Ukraine », Foreign Affairs, décembre 2021.
[7] Russia’s New Imperialism comprend une discussion du sens du cynisme, qui s’appuie sur Peter Sloterdijk, Critique of Cynical Reason (Verso, 1988).
[8] Poutine a exercé deux mandats présidentiels de 2000 à 2008. Pour respecter la Constitution, il s’est retiré et Dmitri Medvedev a été président de 2008 à 2012. La Constitution a été modifiée pour permettre à Poutine d’exercer deux nouveaux mandats, et il a été réélu en 2012. En 2020, la Constitution a de nouveau été modifiée, de sorte que Poutine peut désormais rester en fonction jusqu’en 2036, année de ses 84 ans.
[9] Vladimir Poutine, « On the historical unity of Russians and Ukrainians », kremlin.ru, juillet 2021.
[10] John Mearsheimer, « Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault: The Liberal Delusions That Provoked Putin », Foreign Affairs 93(5), 2014, p. 77-89.
[11] Sur les livraisons d’armes, voir par exemple S. Pirani, « Marxism, Russian imperialism and social forces », Links, 9 septembre 2026. Sur l’Ukraine et l’OTAN, voir par exemple T. Bilous, « A letter to the western left from Kyiv », openDemocracy, 25 février 2022, S. Pirani, « Ukraine: the sources of danger of a wider war », People & Nature, mars 2022, M.E. Sarotte, Not One Inch: America, Russia and the making of the post-cold war stalemate (Yale University Press, 2022). Sur le Donbass, voir par exemple S. Pirani, « The Russian statelets in the Donbas are no “people’s republics” », Jacobin, 2 mars 2022 ; D.R. Marples (dir.), The War in Ukraine’s Donbas: Origins, Contexts, and the Future (Central European University Press, 2022) ; Vlad Mykhnenko, « Causes and Consequences of the War in eastern Ukraine: an economic geography perspective », Europe-Asia Studies 72(3), 2020, p. 528-560 ; Serhii Kudelia, « The Donbas Rift », Russian Social Science Review 58, 2017.
[12] Dans Change in Putin’s Russia: power, money and people (Pluto, 2009), je rappelais l’admiration de l’oligarque Piotr Aven pour le dictateur chilien Augusto Pinochet, et j’écrivais que « la classe possédante russe pourrait être prête à recourir à une violence à grande échelle » contre les mouvements sociaux, mais qu’« aucune répression physique des opposants à l’échelle gigantesque pratiquée par Pinochet n’a été sérieusement envisagée par les gouvernements russes post-soviétiques, en raison de la relative passivité de la population » (p. 129-130). Texte original : “Russia’s property-owning class might be ready to use large-scale violence” ; “no physical repression of opponents on the gigantic scale practised by Pinochet has been seriously contemplated by post-Soviet Russian governments, because of the relative quiescence of the population”.
[13] Une analyse stimulante des mouvements sociaux les plus puissants de ces dernières années à l’échelle internationale, d’un point de vue plus proche de l’anarchisme que du marxisme, est le manifeste de The Peoples Want.
[14] A. Callinicos, « Geopolitical fractures and the Marxist critique of imperialism », Links.au, août 2026. Une réponse : S. Pirani, « Marxism, Russian imperialism and social forces », Links, 9 septembre 2026.
Simon Pirani est chercheur, écrivain et conférencier, auteur de ‘Burning Up: A Global History of Fossil Fuel Consumption’ (Pluto Press, 2018). Son principal domaine de recherche est la transition hors des combustibles fossiles, en particulier la manière dont les systèmes technologiques, sociaux et économiques changent. Ses travaux antérieurs d’historien et de chercheur sur l’énergie portaient sur la Russie, l’Ukraine et d’autres pays de l’ex-Union soviétique. Son livre ‘The Russian Revolution in Retreat 1920-24: Soviet workers and the new communist elite’ (Routledge, 2008) est une étude d’histoire politique de la classe ouvrière. Un autre livre, ‘Change in Putin’s Russia: Power, Money and People’ (Pluto Press, 2010), s’appuyait sur son travail de journaliste. Il est professeur honoraire à la School of Modern Languages & Cultures de l’université de Durham. De 2007 à 2021, il a été Senior Research Fellow à l’Oxford Institute for Energy Studies, où il travaillait au sein du Natural Gas Research Programme.
L’original anglais de cet article est initialement paru dans Links: International Journal of Socialist Renewal. Cette traduction française (par Adam Novak) est initialement parue sur le site d’Europe Solidaire Sans Frontières.
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