Oui, cet « antisionisme » est antisémite, par Aaron Post – 12 octobre 2026

Collage de deux images : à gauche, la photographie d’une manifestation de rue avec une banderole portant l’inscription « Fin de l’occupation sioniste de la Grande-Bretagne ! Stop au remplacement blanc » ; à droite, une affiche de Palestine Pulse annonçant une manifestation intitulée « Fin du contrôle sioniste sur le Parlement britannique » devant Parliament Square, à Westminster, le mercredi 8 juillet 2026, pendant les questions au Premier ministre."

Une grande banderole lors du rassemblement « Unite the Kingdom » de mai 2026, manifestation d’extrême droite appelée par Tommy Robinson, proclamait « Fin de l’occupation sioniste de la Grande-Bretagne ». Ce slogan exprime un vieux thème de l’extrême droite néonazie : une forme de pouvoir juif, étiquetée « sionisme », se serait emparée des gouvernements du monde entier, ou les occuperait, au service d’un projet de domination mondiale. Ici, il est lié à la « théorie du Grand Remplacement », théorie du complot d’extrême droite qui accuse les Juifs (« sionistes ») de favoriser l’immigration de masse vers les pays « blancs ».

Qu’est-ce que cela implique pour le lieu commun tant de fois ressassé selon lequel « l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme » ? Bien sûr, l’antisionisme n’est pas nécessairement antisémite. Mais personne, devant une banderole portant « Fin de l’occupation sioniste de la Grande-Bretagne » dans une manifestation d’extrême droite, ne pourrait nier que certains antisionismes sont antisémites.

Quelques mois plus tard, en juillet 2026, une manifestation a été organisée à Westminster sous le slogan « Fin du contrôle sioniste sur le Parlement britannique », presque identique à celui de la banderole de la manifestation d’extrême droite. Cette fois, les organisateurs n’étaient pas des partisans de Tommy Robinson, mais des militants de « Palestine Pulse », qui fait partie d’un nouveau « Mouvement antisioniste » lancé en février de cette année.

L’élément « théorie du Grand Remplacement » est peut-être absent, mais le récit politique est le même. Palestine Pulse et les néonazis d’une marche de Tommy Robinson ne diffèrent, semble-t-il, que par ce qu’ils croient que les « sionistes » font de leur « contrôle » sur la Grande-Bretagne.

Le Mouvement antisioniste (Anti-Zionist Movement, AZM) a été cofondé par David Miller, ancien professeur aujourd’hui employé par la télévision d’État iranienne Press TV, et Rameh Aladwan, ancienne médecin devenue podcasteuse et influenceuse des réseaux sociaux. Aladwan a publiquement soutenu Nick Griffin, ancien dirigeant du parti fasciste British National Party (Parti national britannique). Mise en cause, elle a dit à son interlocuteur de « se réveiller », parce que « nous avons dépassé ces divisions ridicules. Nous sommes littéralement en train de nous faire entuber par le même groupe de pression. »

Miller passe l’essentiel de son temps à faire l’éloge, en des termes d’une servilité stupéfiante, du régime iranien. Actuellement, il est payé pour cela ; on soupçonne qu’il le ferait de toute façon gratuitement. Il voit du « sionisme » et des « sionistes » partout, accusant tout le monde, d’Owen Jones au maire de New York Zohran Mamdani, et jusqu’à la Palestine Solidarity Campaign, d’être sionistes, à la solde des sionistes ou de « faire le jeu des sionistes ». Pour lui, le sionisme est une force unique et compacte, engagée dans une course à la domination mondiale. Il dit tantôt vouloir « mettre fin à », « démanteler » et « détruire » les « trois à quatre mille » organisations sionistes qui seraient actives en Grande-Bretagne et « soutiendraient le génocide » « au quotidien ».

La plupart des organisations communautaires juives dominantes sont nominalement « sionistes » d’une manière ou d’une autre. Elles donnent à cette étiquette une large gamme de significations politiques. Pour certaines, elle n’indique guère plus qu’un vague sentiment d’appartenance à un peuple juif et une affinité avec la population juive d’Israël. En Israël même, beaucoup de ceux qui payent de leur personne pour se tenir aux côtés des Palestiniens contre la terreur d’État et celle des colons s’identifient eux aussi comme « sionistes ».

Pour Miller, il n’y a aucune différence entre ces « sionistes », les Juifs britanniques dont le « sionisme » est plus lâche encore, et les dirigeants effectifs d’Israël. Ce ne sont tous que des « sionistes » qui, selon Miller, « n’ont qu’une seule loyauté, celle d’assurer l’hégémonie mondiale totale de l’Empire juif ». Miller affirme qu’ils « doivent être chassés du Levant par la force ». Pour y parvenir, « l’Iran devra se battre ». Puisque son Mouvement antisioniste estime que la Grande-Bretagne est elle aussi sous « contrôle » sioniste, peut-être compte-t-il aussi sur l’Iran pour en chasser par la force les « sionistes ». Miller croit également que les Juifs sont « surreprésentés dans les positions de pouvoir culturel, économique et politique » et que le « suprémacisme juif » est un problème presque transhistorique. Il affirme que « 300 rabbins » étaient responsables de l’« occupation de la Palestine en 1211 ».

Il figurait parmi les soutiens de la résolution « Le sionisme est un racisme », récemment adoptée par le Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles, dans une brochure publiée par les auteurs de la résolution. En avril 2026, Lubna Speitan, coautrice du texte et sa principale porte-parole au sein du Parti vert, est apparue dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux pour promouvoir le Mouvement antisioniste.

Il fait partie de la méthode conspirationniste propre à Miller de traiter toute forme d’association politique ou de proximité fortuite comme l’expression de réseaux dirigés et figés, qui feraient de tous ceux qui y sont mêlés les éléments d’une force unique. Il faut l’éviter ici. Sans aucun doute, beaucoup, probablement la plupart, des partisans de la résolution du Parti vert ne partagent pas les vues de Miller.

Mais les organisateurs de l’initiative n’étaient pas obligés de le citer comme soutien dans leur propre brochure. Speitan, le visage public de la motion, n’était pas obligée de s’affilier à l’initiative de Miller et de la promouvoir. Cela suffit à indiquer, à tout le moins, un certain degré d’alignement politique.

Bien sûr, la résolution « Le sionisme est un racisme » ne contient pas le programme complet du Mouvement antisioniste. Elle ne parle pas de « contrôle sioniste » sur le Royaume-Uni. Mais Miller et d’autres au sein de l’AZM n’ont sûrement pas l’intention de s’en tenir là. Pourquoi le feraient-ils ? Ce sont des militants politiques, engagés dans un projet visant à établir l’hégémonie de leurs idées et à pousser des organisations plus larges à agir en conséquence. Après avoir réussi à gagner à une position qui contient certaines de leurs idées un parti politique grand public, doté d’une représentation parlementaire et municipale considérable, ils ont sûrement l’intention de s’organiser pour promouvoir d’autres éléments de leur programme.

Les militants du Parti vert, et ceux de la gauche au sens large qui ont salué la résolution « Le sionisme est un racisme », devraient réfléchir à la coalition politique dans laquelle on les entraîne. Elle compte au moins quelques figures en vue qui ne voient aucun problème à s’allier avec des néonazis contre les « sionistes », et qui applaudissent activement l’impérialisme du régime clérico-fasciste d’Iran.

Certains partisans de la motion ont balayé les craintes des Juifs qu’elle puisse conduire à des violences antisémites, en insistant dogmatiquement sur le fait qu’elle est simplement « antisioniste » et non « antisémite ». Mais ces craintes n’ont pas été apaisées par le rejet d’un amendement visant à garantir que les Verts juifs ne seraient pas sanctionnés au sein du parti pour leur appartenance à des institutions communautaires nominalement sionistes. Quand l’un des partisans en vue de la motion est à la fois un apologiste et un employé rémunéré de l’État iranien, lequel a été lié à plusieurs actes de violence antisémite cette année, il n’est guère surprenant que certains Juifs s’inquiètent des implications.

Si vous croyez sincèrement que votre antisionisme n’est pas antisémite, vous avez la responsabilité de vous confronter ouvertement à ceux de votre propre « camp » dont l’antisionisme l’est clairement, et de rompre politiquement avec eux.

L’original anglais de cet article d’Aaron Post est initialement paru sur le site de Workers’ Liberty. Cette traduction française est initialement parue sur le Left Renewal Blog.

Vues : 0

Sauf indication contraire, les textes originaux et les traductions produits par le Left Renewal Blog Collective sont publiés sous licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0. Les contenus republiés et traduits restent soumis à la licence et aux conditions de leur publication d’origine.