Contre la hiérarchie des vies — un appel à un internationalisme par le bas, par Roud Collective – 25 août 2026

Aux auteurs/autrices et signataires de la lettre ouverte en soutien à la résistance des prisonnier·es contre les exécutions en Iran, et aux consciences éveillées du monde entier :

En tant que collectifs issus de la gauche iranienne, nous vous adressons cette lettre ouverte pour vous exprimer notre gratitude et notre solidarité face à votre action courageuse et éclairante.

Avant tout, votre lettre représente un effort pour honorer la vie des prisonnier·es et de tous ceux et toutes celles dont l’humanité est dévalorisée de toutes parts et pour diverses raisons dans le climat de guerre actuel : elle est bafouée par le régime iranien pour maintenir un état d’urgence et la terreur publique ; par les centres de pouvoir impérialistes, où les vies humaines sont réduites à des chiffres utilisés comme des outils pour justifier la guerre contre l’Iran et la poursuite de l’agression militaire au Moyen-Orient ; et par une multitude de forces et de courants politiques qui, au nom de la défense des opprimés, s’alignent de fait sur les États. Poussés par une compréhension erronée des complexités de l’impérialisme contemporain et par une vision simpliste de l’anti-impérialisme, ces groupes appellent au silence face aux exécutions et à la brutalité d’État en Iran, estimant qu’ils sont confrontés à un impératif historique plus pressant.

Parce que certain·es d’entre nous ont personnellement connu l’emprisonnement en Iran, que d’autres ont survécu aux exécutions massives de prisonnier·es politiques de l’été 1988, et que d’autres encore ont participé activement à la lutte contre l’emprisonnement et les exécutions, ainsi qu’au mouvement en faveur de la justice, nous savons ce qu’implique l’expérience carcérale en Iran. Face à la vague incessante d’exécutions, qui s’est horriblement intensifiée au cours des deux dernières années parallèlement à l’aggravation du climat de guerre, nous reconnaissons l’importance historique et héroïque de la résistance à l’exécution, en particulier depuis l’intérieur des prisons iraniennes.

La campagne « Les mardis contre la peine de mort » en est un exemple marquant : elle a marqué sa 135e grève de la faim hebdomadaire, à laquelle ont pris part des détenu·es de 61 prisons iraniennes par le biais de grèves de la faim. Par conséquent, à nos yeux, votre lettre ouverte constitue une démarche responsable visant à rappeler et à souligner l’importance de défendre ces vies et de soutenir la résistance continue des prisonnier·es — une démarche qui mérite notre reconnaissance, notre soutien et notre solidarité.

Deuxièmement, nous saluons votre initiative car votre lettre ouverte a été publiée dans un contexte historique où soulever une telle préoccupation exige non seulement une analyse radicale, mais aussi du courage politique et moral. Dans le paysage politique et médiatique profondément polarisé d’aujourd’hui, y compris au sein de la sphère de gauche, la pression est immense pour prendre parti dans le conflit, de peur d’être accusé d’apaisement envers le pôle opposé. En conséquence, nombreuses et nombreux sont ceux qui préfèrent le silence plutôt que d’être mal compris ou accusés d’adopter des positions auxquelles ils ne croient pas. Pourtant, malgré les dangers aigus de cette atmosphère toxique, vous avez exprimé votre position indépendante, au-delà de la logique binaire dominante. Vous avez insisté sur le fait que les critères de jugement politique, de responsabilité, d’action et de solidarité internationaliste doivent commencer par donner la priorité à la vie humaine et au droit d’exister, plutôt qu’aux revendications politiques contradictoires des acteurs/actrices au sein de l’ordre mondial.

Au cours des deux dernières années, dans le cadre de nos actions politiques contre la guerre, l’agression impérialiste, le bellicisme et la répression d’État, nous (tout comme vous et de nombreuses et nombreux autres camarades) avons constamment été confronté·es à des accusations similaires : celle de dresser une fausse équivalence entre les camps opposés dans cette guerre ; celle de jouer la carte de la prudence en restant passifs, les pieds dans deux camps ; ou encore celle selon laquelle notre position critique à l’égard du gouvernement iranien minimiserait ou justifierait intrinsèquement l’agression impérialiste américano-israélienne (sans parler d’étiquettes honteuses telles que « gauche pro-OTAN », « gauche pro-sioniste », « islamophobe », etc.). Nous comprenons parfaitement l’amertume suscitée par les accusations récemment portées contre vous à la suite de la publication de votre lettre ouverte, et nous les regrettons profondément. Pourtant, c’est précisément là la preuve de votre courage moral et de votre sens des responsabilités : bien que sachant d’avance que vous seriez confronté·es à un tel traitement injuste, vous avez refusé de vous replier dans un espace sûr ou de rester des spectateurs/spectatrices passifs/passives dans cet environnement toxique, comme l’ont fait de nombreuses figures de la pensée radicale.

La valeur unique de votre action réside également dans le fait que bon nombre des auteurs/autrices et signataires sont elles et eux-mêmes issus des traditions des luttes radicales pour la libération des Noir·es, des luttes antiracistes et anticolonialistes, ainsi que des mouvements contre les prisons, la répression et le fascisme. Dans un climat où la valeur de la vie humaine est catégorisée au nom des luttes anticolonialistes et anti-impérialistes — reflétant ainsi la logique même des meurtres d’État, où certains assassinats systématiques commis par l’État sont ignorés, voire justifiés —, votre lettre a démontré qu’un véritable engagement en faveur des luttes anticolonialistes et anti-répressives exige d’éviter les contradictions qui mènent à l’assimilation à la logique de l’ordre dominant.

Par cette lettre ouverte, vous avez montré que la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste exige de rester fidèle à l’ensemble de la pensée de Frantz Fanon (et non d’en faire une lecture sélective) — une pensée qui, tout en défendant sans réserve le droit des colonisé·es à résister et à lutter, met en garde contre le fait que si elles ou ils adoptent la logique du colonisateur au cours de cette lutte, elles et ils sont d’avance voués à l’échec.

Cette réflexion critique — qui constitue notre troisième raison de vous écrire, à vous et à toutes les consciences libres — revêt, à nos yeux, une importance stratégique. Nous avons constaté avec douleur comment les approches qui s’opposent au colonialisme et à l’impérialisme à partir d’une logique centrée sur l’État, même en prétendant défendre les opprimé·es, finissent par se résumer à une simple réactivité sur un terrain dont les règles sont dictées par la logique coloniale et impérialiste. Par conséquent, si nous voulons progresser vers la construction d’un internationalisme libérateur, nous avons sans aucun doute besoin d’un nouveau point de départ fondé sur le rejet total de la domination et de l’oppression (plutôt que sur des exemples sélectifs et stéréotypés de celles-ci).

Votre lettre et votre initiative éclairante visant à vous opposer sans condition aux pratiques déshumanisantes, ainsi que toutes les luttes et toustes les militant·es partageant ces mêmes préoccupations et objectifs, nous donnent l’espoir qu’il est possible de tracer une telle voie alternative : une voie nécessaire et viable dont le nom concis est « l’internationalisme par le bas ».

Roud Collective

Prison’s Dialogue (http://dialogt.eu/)

migration-control.info

Flüchtlingscafé Göttingen

Anti Colonial Iran (IG: anticolonialiran)

Hydra (IG: hydra.media.iran)

Osyan Women Collective (IG: maosyangarim)

Democratic Association of Iranians in Venice (IG: assodemiraniani)

Iranische Aktivistinnen im Exil (IG: iranischeaktivistinnenimexil)

Jin* Jiyan Azadi – NRW

collectif98

Burn the Cage Campaign

Komitee zur Unterstützung der politischen Gefangenen in Iran-Berlin e.V.

Another way for Iran Collective – Montreal

Iranischdeutscher Frauenverein Köln

Collettivo Rivoluzionario Jina (crj)

Transnational Iranian Anti-Fascist Collective

Toronto-Canada Iranian Republican Association (TIRA)

International Emergency Campaign to Free Iran’s Political Prisoners Now (www.FreeIransPoliticalPrisonersNow.org)

Roja Collective Paris

Homayoun Iwani – former political prisoners in the 1980s and survivors of the nationwide massacre of political prisoners in the summer of 1988 in Iran

Nima Sabouri

Puria Pezeshki – Solidarity Reports

Hamidreza Vasheghani Farahani

Jalal Saraji

Sara Abbas

Roya Vahedi – Leftist feminist and communist

Ferdows Dini

Mohammad Ahmadian Heravi

Manouchehri – Leftist, communist-anarchist

Arya Zahedi

Soheila Mosafer – Socialist, political activist and refugee rights activist

Fereshteh Mirzaei Fard – Social activist

Mojdeh Arassi – former political prisoner, survivors of the nationwide massacre of political prisoners in the summer of 1988 in Iran

Mahmoud Khalili – Left-wing political activist and communist, contributor to Prison’s Dialogue.

Matin Sharifi

Parmida heidari

Sedigheh Haj Mohsen

Hassan Nayeb Hashem – Human rights activist

Hossein Moghaddam – Socialist united block

Sirous Kafaei – Socialist activist

Feriya Gharakhanzadeh – FIF

Ali Sattari

Ali Nadimi

Kambiz Sakhaei

Sheida Barzegar – Forum Iranischer Frauen (FIF)

Or Ben David

Ramin Khorram

Shaghayegh Tabbakh

Alireza Bagherii

Afsaneh Jahangiri

Aaron Abu-Toboul – Gegen jeden Krieg

Zaman Masoudi – Ofogh Women’s Association in Hamburg

Farrokh Ghahremani – former political prisoner, contributor to Prison’s Dialogue

Saeid Afshar

La liste complète des signataires est disponible ici.

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