Nous, soussigné·es, ancien·es prisonnier·es politiques, militant·es, écrivain·es, artistes, intellectuel·les, universitaires, chercheurs/chercheuses et membres de la société civile iraniens, tant en Iran qu’en exil, soutenons résolument la lettre ouverte publiée dans The Guardian le 20 août 2026, intitulée « Aux prisonnier·es politiques iranien·nes, pris·es au piège “entre les deux lames d’une paire de ciseaux” ».
Son principe fondamental est clair : le peuple iranien ne doit pas être contraint de choisir entre l’agression militaire et économique extérieure et la répression d’État. Nous nous faisons l’écho de son appel à mettre immédiatement fin aux exécutions, à libérer toustes les prisonnier·es politiques, à mettre fin à la guerre et à cesser les punitions collectives infligées au peuple iranien. Nous saluons l’acte historique des signataires visant à renforcer la solidarité avec le peuple iranien en mettant en avant la lutte des prisonnier·es politiques directement victimes de la répression d’État.
Le recours à la métaphore des « deux lames d’une paire de ciseaux » pour décrire la situation difficile des Iranien·nes confronté·es à la fois à la guerre et à la répression d’État ne suggère aucune équivalence morale ou politique. Reconnaître et condamner les multiples formes et sources de violence ne revient pas à effacer leurs origines ni à confondre leurs intentions. Au contraire, cette métaphore met en avant la réalité vécue par celles et ceux qui sont pris au piège entre des pressions inconciliables. La logique binaire qui exige une allégeance exclusive soit à la République islamique, soit aux puissances impérialistes, est à la fois philosophiquement erronée et éthiquement appauvrie. La clarté morale ne réside pas dans l’effacement des distinctions, mais dans le refus de laisser une forme de domination en justifier une autre. La véritable solidarité rejette le faux dilemme consistant à choisir entre des injustices ; elle exige de s’opposer à tous les systèmes de répression et d’oppression qui piègent les plus vulnérables.
Les signataires de la lettre ont fait valoir de manière convaincante qu’un État peut être à la fois la cible d’une agression extérieure et l’auteur d’une répression intérieure ; ces réalités doivent être considérées conjointement. L’histoire de l’Iran est marquée par des interventions étrangères – notamment le bombardement du Parlement iranien soutenu par la Russie après la révolution constitutionnelle de 1908, le coup d’État de 1953 orchestré par la CIA et le MI6, ainsi que les sanctions plus récentes et la guerre actuelle menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Elle est également marquée par la répression d’État avant et après la Révolution de 1979 – notamment les emprisonnements politiques, les exécutions, le port obligatoire du voile en tant que forme d’apartheid de genre, la censure, la répression de la société civile et des minorités religieuses, ainsi que l’oppression systémique des Kurdes, des Baloutches, des Arabes et des Turcs d’Iran. Des années de répression systémique et de persécution des mouvements civiques, des syndicats et des militant·es en Iran ont rendu extrêmement difficile toute possibilité de changement politique structurel et transformateur venant de l’intérieur du pays.
Il est essentiel de reconnaître et de condamner cette double réalité : la souffrance des prisonnier·es n’est pas atténuée par la situation difficile de leur geôlier, et leurs droits ne peuvent pas non plus être subordonnés à des considérations géopolitiques. La justice, la liberté et la démocratie ne peuvent donc être reportées ou sacrifiées au nom de la soi-disant « résistance anti-impérialiste » du régime contre des forces extérieures.
À celles et ceux qui considèrent la République islamique comme la seule force soutenant la cause palestinienne dans la région, nous tenons à préciser ceci : bien avant la République islamique, la gauche iranienne a joué un rôle central dans la mise en place de réseaux de solidarité avec les Palestinien·nes progressistes, un héritage ancré dans la lutte anticoloniale et l’internationalisme qui ne date pas de la création de la République islamique. Ce même mouvement de gauche a été la première victime d’une répression sévère après la Révolution de 1979. L’exécution massive de prisonnier·es politiques durant l’été 1988 a été documentée par de nombreuses et nombreux anciens prisonniers politiques iraniens, des universitaires et des organisations de défense des droits humains, et constitue un crime contre l’humanité.
Nous rejetons l’instrumentalisation de la souffrance iranienne, que ce soit pour justifier une intervention militaire étrangère ou pour servir de prétexte à la répression intérieure. Les vies des Iranien·nes ne doivent pas être manipulées à des fins de propagande par quelque camp idéologique que ce soit. Les lois nationales d’un État souverain qui conduisent à la criminalisation de la protestation et de la dissidence, à des aveux extorqués, à des procès-fantoches et à l’exécution sommaire de prisonnier·es sans preuve ne sont pas un signe de la légitimité de ces lois, mais témoignent au contraire de leur injustice, et doivent être combattues.
Une « résistance » qui ferme les yeux sur la lutte des prisonnier·es politiques n’est pas digne de ce nom. Nous sommes solidaires de tous ceux et toutes celles qui résistent à la domination, à l’oppression et aux guerres impérialistes.
En solidarité,
Liste des signataires par ordre alphabétique
- Frieda Afary, écrivain·e, traducteur·rice, bibliothécaire, Los Angeles, California, États-Unis
- Janet Afary, professeur·e d’histoire, University of California, Santa Barbara, États-Unis
- Mona Afary, directrice clinique du Center for Empowering Refugees and Immigrants, États-Unis
- Amir Ahmadi Arian, écrivain·e, professeur·e d’écriture créative, Binghamton University, États-Unis, Iran
- Hamid Akbari, professeur émérite de gestion (chaire Audrey Reynolds), University of Chicago, Illinois, États-Unis
- Hossein Akbari, ancien·ne prisonnier·e politique, écrivain·e, chercheur·e en syndicalisme, Iran
- Reza Akrami, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e politique, France
- Kazem Alamdari, professeur émérite de sociologie, California State University, États-Unis
- Aida Amidi, ancien·ne prisonnier·e politique, poète, Iran
- Batoul Arasteh, militant·e des droits humains, France
- Shahrzad Arshadi, cinéaste, dramaturge, Canada
- Maryam Ashrafi, photographe, militant·e social·e, France
- Touraj Atabaki, professeur émérite d’histoire sociale du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, Leiden University, Pays-Bas
- Sanaz Azimipour, militant·e des droits liés au genre et écrivain·e, Allemagne
- Pouyesh Azizeddin, chercheur·e en technologie et droits humains, Slovénie
- Ali Banuazizi, professeur·e de science politique, Boston University, États-Unis
- Monireh Baradaran, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits humains, écrivain·e, Allemagne
- Nora Bayani, militant·e des droits des femmes, États-Unis
- Mansoureh Behkish, militante féministe de gauche, ancien·ne prisonnier·e politique, membre des Familles de Khavaran, Allemagne
- Alireza Behnam, poète, traducteur·rice, journaliste, Iran
- Alireza Behtoui, professeur·e de sociologie, Södertörn University, Suède
- Atena Daemi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits humains, Canada
- Mehrdad Darvishpour, sociologue, maître de conférences en travail social à l’université de Mälardalen, Suède
- Armen Davoudian, poète, traducteur·rice, Stanford University, États-Unis
- Amin Feizpour, fondateur·rice et directeur·rice de “Iran Circle”, États-Unis
- Parastou Forouhar, artiste, militant·e social·e, Allemagne
- Halleh Ghorashi, professeur·e de sciences sociales, Vrije University, Pays-Bas
- Barbad Golshiri, artiste, militant·e social·e, France
- Mohammad Habibi, porte-parole du Conseil de l’association syndicale des enseignant·es d’Iran, Iran
- Hadi Hiyali, ancien·ne prisonnier·e politique, écrivain·e, Iran
- Ali Hojat, ancien·ne prisonnier·e politique, graphiste à la retraite, États-Unis
- Homa Hoodfar, militant·e des droits des femmes, professeur·e émérite d’études sur les femmes, Concordia University, Canada
- Asghar Izadi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e politique, Allemagne
- Guissou Jahangiri, ancienne secrétaire générale de la Fédération internationale des droits humains, défenseure des droits des femmes, militant·e des droits humains, France
- Pouria Jahanshad, chercheur·e en sciences sociales, Iran
- Milad Jannat, ancien·ne prisonnier·e politique, poète, traducteur·rice, Iran
- Aso Javaheri, militant·e féministe, PhD student, Simon Fraser University, Canada
- Mihan Jazani, militant·e politique, France
- Fatan Jokar, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits humains, Finlande
- Mehrangiz Kar, avocate, militant·e des droits des femmes, États-Unis
- Kazem Kardavani, militant·e social·e, chercheur·e en sciences sociales, Allemagne
- Golshid Karimian, écrivain·e, chercheur·e, Iran
- Sara Karimian, chercheur·e associé·e en science politique, University of Sussex, Angleterre
- Nasser Khandabi, ancien·ne prisonnier·e politique, Canada
- Reza Khandan, ancien·ne prisonnier·e politique, écrivain·e, Iran
- Mina Khanlarzadeh, professeur·e d’histoire, Deep Springs College, États-Unis
- Nasim Khaksar, ancien·ne prisonnier·e politique, romancier·e et écrivain·e, Pays-Bas
- Azam Khatam, militant·e des droits des femmes, rédacteur·rice en chef de la Global Iranian Studies Review, University of Toronto, Canada
- Azar Khounani, spécialiste de l’éducation de la petite enfance, États-Unis
- Amir Kianpour, écrivain·e et chercheur·e, Paris, France
- Saeed Madani, ancien·ne prisonnier·e politique, sociologue, Iran
- Ali Akbar Mahdi, professeur·e de sociologie, Ohio Wesleyan University, États-Unis
- Chowra Makaremi, chercheur·e en anthropologie, CNRS, France
- Zaman Massoudi, militant·e politique, Allemagne
- Mahnaz Matin, médecin, chercheur·e et militant·e des droits des femmes, France
- Kamran Matin, professeur·e de relations internationales, University of Sussex, Angleterre
- Farzaneh Milani, professeure émérite d’études de genre, University of Virginia, États-Unis
- Haideh Moghissi, professeure émérite d’études sur les femmes, York University, Canada
- Nasser Mohajer, défenseur·e des droits des prisonnier·es politiques, chercheur·e en histoire iranienne moderne, France
- Shahrzad Mojab, militant·e féministe, professeur·e émérite d’études sur les femmes, University of Toronto, Canada
- Saeed Molaei, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e social·e, Iran
- Esha Momeni, ancien·ne prisonnier·e politique, enseignant·e en études de genre, University of California, Los Angeles, États-Unis
- Shaghayegh Moradi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits humains, Iran
- Manijeh Moradian, militant·e féministe, professeure d’études sur les femmes, Barnard College, New York, États-Unis
- Ghazaleh Motamed, costumier·e de plateau, militante féministe du mouvement « Me Too », France
- Negar Mottahedeh, professeur·e de littérature comparée, Duke University, États-Unis
- Hafez Mousavi, poète, écrivain·e, Iran
- Nima Naghibi, professeur·e d’études anglaises, Toronto Metropolitan University, Canada
- Shiva Nazar Ahari, ancien·ne prisonnier·e politique, membre fondateur·rice et porte-parole du Comité des reporters des droits humains, Slovénie
- Mohammad Reza Nikfar, philosophe, Allemagne
- Farhad Nomani, professeur émérite d’économie, American University of Paris, France
- Kambiz Norouzizadeh, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits humains, Iran
- Nader Ossareh, ancien·ne prisonnier·e politique, essayiste politique, France
- Saeed Paivandi, sociologue, directeur du centre de recherche LISEC, University of Lorraine, France
- Pouya Pour-Amin, ancien·ne prisonnier·e politique, compositeur·rice, concepteur·rice sonore, Norvège
- Nazanin Pouyandeh, peintre, France
- Anahita Rahmani, ancien·ne prisonnier·e politique, Canada
- Saeed Rahnema, professeur émérite de science politique, York University, Canada
- Hossein Razzagh, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e politique, Allemagne
- Abdollah Rezaei, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e syndical·e enseignant·e, Iran
- Mona Roshan, ancien·ne prisonnier·e politique, Canada
- Somayeh Rostampour, chercheur·e en sciences sociales, militante féministe kurde, France
- Mihan Rousta, défenseur·e des droits des prisonnier·es politiques, membre d’une famille de personnes exécutées dans les années 1980, Allemagne
- Ali Sabouri, ancien·ne prisonnier·e politique, poète, Iran
- Khosrow Sadeghi Boroujeni, écrivain·e, journaliste, Iran
- Shadi Sadr, ancien·ne prisonnier·e politique, avocate internationale spécialisée dans les droits humains
- Shokoufeh Sakhi, ancien·ne prisonnier·e politique, enseignant·e en études de genre, University of Toronto, Canada
- Hossein Sarbandi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e politique, Iran
- Parisa Sardashti, écrivain·e, militant·e féministe, France
- Nastaran Saremy, militante féministe et écologiste, PhD student, Simon Fraser University, Canada
- Faraj Sarkohi, ancien·ne prisonnier·e politique, journaliste, Allemagne
- Khashayar Sefidi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e du mouvement étudiant, Iran
- Asad Seif, écrivain·e, chercheur·e, Allemagne
- Siyavash Shahabi, journaliste, militant·e social·e, Grèce
- Fatemeh Shams, poète, militant·e féministe, professeur·e de littérature, University of Pennsylvania, États-Unis
- Mansoureh Shojaee, ancien·ne prisonnier·e politique, écrivain·e, militant·e des droits des femmes, Pays-Bas
- Roozbeh Sohani, ancien·ne prisonnier·e politique, poète, Iran
- Nasim Soltanbeygi, journaliste, Iran
- Amir Soltani, écrivain·e, militant·e social·e, défenseur·e des prisonnier·es politiques, États-Unis
- Nahid Taghavi, ancien·ne prisonnier·e politique, militant·e des droits des femmes, Allemagne
- Jinoos Taghizadeh, militant·e, artiste visuel·le, Canada
- Mona Tajali, militant·e des droits des femmes, chercheure en études sur les femmes, Stanford University, États-Unis
- Manijeh Tam, militant·e culturel·le, France
- Taghi Tam, ancien·ne prisonnier·e politique, à la retraite, France
- Nayereh Tohidi, militant·e des droits des femmes, professeur·e émérite d’études sur les femmes, California State Univerity, États-Unis
- Mehrdad Vahabi, professeur d’économie, université Sorbonne Paris Nord, chercheur à l’université Paris Dauphine, France
- Saeed Yousef, ancien·ne prisonnier·e politique, poète, Allemagne
- Shirin Zakeri, chercheur·e, professeur·e associé·e d’études iraniennes, Sapienza University, Italie,
- Sara Zeri, poète, critic, militant·e des droits du travail, Iran
Une version anglaise de cette lettre est initialement parue dans New Politics ; une version persane est initialement parue sur Akhbar Rooz. Cette version française est initialement parue sur Entre les lignes entre les mots.
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