L’Europe à l’épreuve de ses principes, par Juives et Juifs pour les droits du peuple palestinien – 31 août 2026

Alors que la politique criminelle du gouvernement israélien se poursuit, juives et juifs pour les droits du peuple palestinien exigeons que l’Union européenne mette ses actes à l’unisson de ses principes déclarés et sanctionne enfin l’État d’Israël.

Juives et Juifs de sensibilités politiques diverses, nous sommes révoltés par les violences et les meurtres commis par des colons israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie. Ces colons ont été armés par l’État, sont protégés par l’armée et agissent avec le soutien des plus hautes autorités d’Israël. Faisant fi de l’accord de cessez-le-feu, tueries et massacres sont perpétrés dans une indifférence totale, tant à Gaza qu’en Cisjordanie. Quant aux bombardements au Liban, ils n’ont jamais cessé. Les responsables de cette fuite en avant sont l’ultradroite actuellement au pouvoir, l’armée, devenue l’une des plus immorales du monde, et ces colons messianiques et assassins.

Combien de morts encore pour que la France et l’Europe agissent ? Selon une estimation des Nations unies, environ 70 % des personnes tuées à Gaza sont des enfants et des femmes. Ces morts ne sont pas des chiffres, mais des personnes qui ont un nom, une famille, des ami·es. Citons seulement ici, à titre de symbole, Tala Joumaa Mohammad Abou Matar. Elle avait 8 ans. Elle a été tuée le 12 juillet dernier par des tirs israéliens à Gaza dans le camp de réfugiés d’Al-Maghazi. Pourtant, le cessez-le-feu a été conclu en octobre 2025 !

L’objectif des harcèlements et des attaques devenus habituels est d’effacer la culture des Palestiniens et de les empêcher de vivre sur leur terre. Celui de la guerre en cours est bel et bien l’éradication du peuple palestinien. La Cour pénale internationale a d’ailleurs émis des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Par ailleurs, la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé que les politiques et pratiques d’Israël dans les Territoires palestiniens occupés violaient le droit international. De même, la CIJ, dans un premier verdict en janvier 2024, a ordonné qu’Israël prenne immédiatement des mesures pour garantir que son armée ne viole pas la Convention sur le génocide.

Ces décisions sont la conséquence d’actions criminelles perpétrées par Israël en Palestine. On ne peut pas reprocher à la presse de ne pas nous en informer, et pourtant, sous prétexte de ne pas encourager l’antisémitisme, l’Europe semble préférer le déni à la lucidité et s’enferme dans un lâche silence empreint de culpabilité. Certes, l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont pris position, la France a reconnu l’État palestinien et d’autres pays font parfois entendre leur voix. Mais, globalement, l’Europe a renoncé à défendre ses valeurs fondatrices ! Ainsi, le droit international est bafoué et l’on assiste à l’effondrement de toutes les valeurs morales qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avaient permis de redonner espoir en un monde vivable et pacifié. À bien des égards, l’Europe est en train de perdre son âme. Que lui restera-t-il si la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies à Paris en 1948, devient totalement obsolète, alors que la construction européenne s’y réfère ?

L’Europe est pourtant dotée de deux leviers d’influence déterminants sur la scène internationale : la puissance de son économie et de ses échanges commerciaux, ainsi que son soft power. L’Union européenne a signé un accord d’association avec Israël dont il est bon de rappeler les conditions d’application stipulées à l’article 2 : « Les relations entre les parties ainsi que toutes les dispositions du présent accord sont fondées sur le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’homme, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme qui inspire les politiques nationales et internationales des parties et constitue un élément essentiel du présent accord. » L’Europe représente environ 30 % des exportations israéliennes, un peu plus pour les importations. Sur le plan du soft power, le deux poids deux mesures que l’on constate entre le traitement européen du conflit au Moyen-Orient et la guerre que la Russie mène contre l’Ukraine atteint profondément et durablement la crédibilité de l’Europe en matière de défense des droits humains fondamentaux et du droit international.

Pour terminer, nous tenons à faire une mise au point. Le gouvernement israélien prétend représenter non seulement les citoyens israéliens mais tous les Juifs du monde. Nous qui nous exprimons ici en tant que Juives et Juifs du monde récusons cette prétention : Israël n’est pas « notre » État et ne nous représente pas. Plus grave, la politique génocidaire menée par le gouvernement israélien actuel, qui porte si profondément atteinte aux valeurs humaines qui nous unissent, nous est préjudiciable car l’une des conséquences est d’attiser l’antisémitisme en France et dans le monde.

Nous demandons au gouvernement français :

• de se joindre aux pays qui ont déjà pris position pour suspendre le volet commercial de l’accord UE-Israël ;

• de ne pas reprendre dans son projet de loi annoncé l’assimilation de l’antisionisme à une nouvelle forme d’antisémitisme, telle que présentée dans feu la proposition de loi Yadan ;

• d’appliquer les règles du droit international, notamment les décisions de la Cour pénale internationale et de la Cour internationale de justice ;

• d’agir pour que le Liban recouvre son intégrité territoriale ;

• d’œuvrer à la libération de l’ensemble des prisonniers politiques détenus en Israël, notamment Marwan Barghouti, porteur d’espoir de paix, et le docteur Hussam Abu Safiya, directeur du principal hôpital de Gaza.

Cette déclaration est initialement parue sur Mediapart. Se rendre sur cette page pour signer la tribune ou pour voir la liste complète des signatures.

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